Voyager seulE au moins une fois dans sa vie

J'ai commencé à voyager seule lorsque j'ai fait le tour des capitales d'Europe, en 2013. C'était en fait non seulement mon premier périple en solitaire, mais aussi mon plus important voyage tout court... Presque 3 mois seule avec mon sac sur le dos, à aller de pays en pays, de capitales en capitales. Une expérience incroyable, tellement riche, tellement difficile moralement et physiquement aussi. Lorsque je suis rentrée de ce voyage presque initiatique, je n'avais qu'une hâte : repartir. Et c'est ce que j'ai fait.


Depuis, je me suis habituée à partir régulièrement seule (moins maintenant, par manque de temps et parce que je partage ma vie - donc mes voyages - avec Monsieur H. 😇). C'est devenu nécessaire, voir vital pour moi d'aller voir du pays et me retrouver, voir me confronter à une forme d'aventure en solo. Que ce soit pour un WE ou pour plusieurs semaines, ces voyages permettent d'avoir un vrai sas de décompression, loin du tumulte de nos vies quotidiennes où nous sommes en permanence entourés de gens. C'est aussi un moyen d'échapper, pour un temps, à un mode de vie "urbain" très stressant et ultra actif pour une forme d'authenticité plus posée.



Les voyages en famille ou entre amis, j'en ai poliment déjà refusé... J'ai toujours vu dans le voyage en solo la meilleure manière de voyager selon ses principes, en s'affranchissant de l'avis des autres ou de la pression d'un groupe. Attention, les voyages en solo, en couple, entre amis / famille ne s'opposent pas ! Ils se complètent... C'est réellement différent et dans ces moments là, je pars avec un autre état d'esprit. Mais continuer de partir en solo de temps en temps c'est aussi poursuivre ses projets personnels en dehors de son couple ou de son cercle familial proche. On part parfois (souvent) pour se (re)trouver.


Alors qu'en est il de ces fameux clichés qui persistent sur le fait de voyager seule quand on est une femme ? Non, ça ne veut pas dire qu'on risque notre vie, non nous ne sommes pas inconscientes... La peur empêche d'avancer, si on a peur de tout, on ne fait rien. Que l'on soit un homme ou une femme, et quelque soit son âge ou sa situation. Alors, oui, les femmes qui voyagent seules déroutent parfois ou forcent l'admiration. Mais dépasser ses peurs, se donner les moyens, battre les préjugés, ce n'est pas une question de sexe.

On prend des risques et on revient plus fort, hommes ou femmes se reconnaîtront j'espère dans ces propos.


Il y a parfois un "prix à payer" pour cette prise de risque, et là aussi une sorte de nuage pèse plus sur les femmes : composer avec la peur de l'agression. La peur du viol, la peur de l'enlèvement, n'ayons pas peur des mots. Est ce que j'ai déjà vécu des épisodes pénibles qui ne seraient pas arrivés si j'étais un homme ou si j'avais été accompagné ? Oui. Quand je suis allée au Liban, que j'ai fait du stop dans la montagne au milieu de nulle part et que je suis montée à l'avant de la voiture d'un type qui s'est proposé de me conduire, j'ai pris un risque. Il arrive ce qu'il arrive : l'homme, âgé et ravi de m'avoir dans sa voiture, se croit tout permis. Dans ces cas là, il ne faut jamais paniquer, jamais perdre son sang froid (facile à dire, je sais) et être ferme. À ce moment là, l'instinct de survie prend le dessus. La menace de tirer sur le frein à main en roulant a suffit, l'homme a ralenti et je suis sortie de la voiture en pleine route désertique. Ça aurait pu arriver n'importe où dans le monde. Le risque, c'est moi qui l'ai pris et ça m'a servi de leçon.


Bien sûr, malgré certaines difficultés contextuelles, je vous souhaite de voyager seul(e). Parce que c'est un moment privilégié pour aller à sa propre rencontre, se dépasser, repousser ses limites. Je n'en reviens pas moi même quand je vois certaines situations que j'ai pu connaitre, comment j'ai fait pour me sortir de là. Avec les années, je me demande même si je serai capable de refaire la même chose aujourd'hui...

Les rencontres aussi, les moments de partage, ils sont bien plus forts si vous êtes seul(e) ! Personnellement, je n'ai pas spécialement misé sur cette partie de mes voyages, car faire des rencontres n'étaient pas forcément ce qui me motivait. Mais celles que j'ai vécu, elles restent gravées. L'émotion est décuplée, tout est vraiment intense dans ces moments là.


Il y a peut être des femmes qui liront cet article et qui ont peur de la solitude, ou du regard des autres (être seule au restau, seule dans un bus, seule à l'hôtel...). C'est difficile pour moi d'argumenter sur cette partie car je n'ai pas du tout ce problème, appréciant réellement la solitude (quand elle est voulue et non subie bien sur).

On peut agiter toutes sortes d'épouvantails pour ne pas se mettre à l'épreuve de l'inconnu. Je réponds que l'on a qu'une vie... Cela vaut la peine de dépasser ses peurs pour voir du pays ! En allant à la découverte d’un autre monde, on constate que l'on est finalement jamais seul(e), si l'on accepte d'aller à la rencontre de l'autre.


La plupart des personnes à qui je raconte mes voyages me disent : "Tu as de la chance" ou "J'aimerais tellement faire ça aussi". La chance n'a rien a voir là dedans, ce n'est qu'une question de volonté ! Il ne tient qu'à vous de faire pareil et vous en donner les moyens (temps, argent, état d'esprit...). Le début de l'aventure c'est d'abord de se donner un coup de pied aux fesses pour qu'elle ait une chance d'aboutir un jour... La récompense au bout est digne de l'effort qu'il vous aura fallu : un immense sentiment de liberté. Alors OSEZ !