Portrait d'entrepreneuse : Hélène, de Popopidoux

J'ai rencontré Hélène en 2016, alors que je cherchais à rencontrer d'autres personnes impliquées dans la réduction des déchets et du gaspillage sur Angers. Nous étions un petit groupe d'irréductibles, rencontrés et réunis grâce à Facebook, et nous avions au moins un point commun : celui de vouloir partager notre expérience personnelle vers le zero dechet. Avec d'autres angevins, au fur et à mesure de nos réunions et de notre envie d'en faire plus, nous avons créé l'association Zero Déchet Angers (dont Hélène est trésorière).

Maman solo d'un petit garçon de bientôt 3 ans, elle a créé en 2019 Popopidoux, un service complet autour des couches lavables, ce qui lui a permis de relier son envie d'entreprendre, ses besoins de liberté et ses convictions.

J'ai eu envie de lui poser quelques questions :) Son parcours vous plait ? Partagez l'article !



À quel moment as tu décidé que tes convictions pouvaient être ton métier ?


Il y a longtemps que je sais que le salariat n'est pas pour moi. Mais c'est un peu ma situation du moment qui a provoqué l'intention. Enceinte et sans emploi, j'ai eu du temps pour réfléchir à ce que je souhaitais pour la suite, et aussi à ce que je ne souhaitais plus. Quand on réfléchit à un projet, qu'on le construit, il faut qu'il nous anime, qu'il vienne du fond de nous-même, pour que ça marche. Le projet s'est construit petit à petit, d'abord dans un grand flou, et c'est au fil du temps et de son évolution que j'ai compris que c'était possible.



Comment as tu eu l'idée de te lancer dans les couches lavables ?


Quand mon conjoint et moi avons préparé l'arrivée de notre bébé, les couches jetables n'ont simplement pas été une option envisagée. Sauf que nous n'y connaissions rien, et que je n'ai trouvé personne pour nous renseigner à Angers. Les informations trouvées çà et là sur Internet nous ont menés vers de nombreuses difficultés. J'aurais aimé trouver, à l'époque, le service que je propose aujourd'hui. À force, j'ai construit un réseau, et je me suis rendue compte qu'une grande proportion des échecs étaient dus à un défaut d'information. Bien que l'utilisation des couches lavables ne soit pas compliquée, c'est différent de ce à quoi nous sommes habitués, et je pense qu'être accompagné et correctement informé est primordial pour se lancer, pour ne pas être découragé. Lorsqu'on prolonge l'aventure, c'est 1 tonne de déchets qui est évitée, par enfant, donc aujourd'hui, ça me semble indispensable qu'un maximum de foyers, de structures d'accueil et de collectivités fassent ce choix.




La tendance dite "zero dechet" a progressé ces dernières années, qu'en penses tu ?


On parle de "mode" et de "tendance" zéro déchet. J'aimerais qu'il s'agisse de plus que ça, et plutôt d'une vraie prise de conscience. On croule sous nos productions et il est plus que temps de faire quelque chose. Mais encore faut-il que ça soit fait dans de bonnes conditions. L'esprit du zéro déchet, bien au-delà du vrac & cie, c'est avant tout d'utiliser ce qu'on a déjà chez soi plutôt que d'acheter, et, quand il est indispensable d'acheter, de faire attention à toute la chaine de production de ce que l'on consomme, car nos déchets ne sont pas toujours visibles. Aussi, bien que l'intention soit louable, j'ai du mal à cerner l'idée d'acheter du coton neuf et souvent non bio (quand on connait les conditions de production du coton !), pour fabriquer (par exemple) des rouleaux de sopalin lavable, quand une éponge et un torchon, que tout le monde a chez soi, font aussi bien l'affaire…


Et pour en revenir au domaine des couches lavables, bien que généralement considéré comme le côté extrême du zéro déchet, il n'est pas épargné. On trouve aujourd'hui des couches sur les célèbres plateformes de produits chinois, à 2€ pièce, dont les tissus ne sont pas certifiés et dont on ne connait pas les conditions de fabrication. On trouve des couches sur-emballées, dans du carton et du plastique. Je pourrais citer des dizaines d'exemples de ce type de contradictions. Il faut que le zéro déchet progresse, mais pas n'importe comment. Enfin, s'il est primordial que tout un chacun prenne conscience de la situation et "fasse sa part", des changements radicaux doivent également s'opérer à bien plus grande échelle pour que la transition soit efficace.



On dit parfois qu'environnement et croissance sont incompatibles. Penses tu que créer son entreprise permet au contraire de faire avancer la cause ?


Je ne crois pas à la croissance infinie, et je pense qu'il est temps de repenser la structure des entreprises et la manière dont elles fonctionnent. Ça implique de les relocaliser, de leur donner d'autres objectifs que l'augmentation du profit à tout prix, de redistribuer équitablement les bénéfices aux travailleurs, et de repenser la place et le pouvoir des différents collaborateurs internes. Je crois que ce sont les entreprises, les petites comme les grandes, qui ont le pouvoir d'amorcer la décroissance soutenable et équitable dont nous avons besoin.



C'est ta première entreprise. As tu rencontré des difficultés lors de l'amorçage de ton projet ou y a-t-il des erreurs que tu ne referai pas ?


Clairement, être une femme et se présenter à des financeurs (souvent des hommes), pour leur parler de couches lavables n'a pas été la partie la plus simple (eh oui, on en est encore là). Pour se faire financer sur des projets qui ont leur sens ailleurs que dans la rentabilité immédiate, il faut certes un dossier en béton, mais surtout s'adresser aux bons interlocuteurs, trouver des voies alternatives.

Aussi, quand on s'imagine un projet, on a des rêves plein la tête. La chute est parfois haute quand on se rend compte que ce n'est pas possible. Par exemple, au tout début de la construction du projet je souhaitais que l'approvisionnement en couches lavables pour la location ne se fasse qu'avec des couches d'occasion, ça allait dans le sens que je voulais donner au projet. Sauf qu'il coûte beaucoup plus cher de s'approvisionner en occasion qu'en neuf (!), et que l'impact sur les prix finaux était trop important.



Être une maman entrepreneuse engagée, c'est donc possible !


Oui, c'est possible, ça l'est même en étant maman célibataire. De plus en plus de femmes nous le montrent. Mais ça demande beaucoup de motivation, des nerfs solides et une belle capacité d'adaptation. En contrepartie, la liberté que ça apporte, par exemple dans la possibilité d'aménager ses horaires, est un vrai confort de vie, surtout avec des enfants en bas âge !



Vous souhaitez aller plus loin dans votre démarche vers le zero dechet ? Je publie mes recettes de produits ménagers et cosmétiques !