Pollution numérique : vos usages ont des conséquences

Alors que nous sommes en confinement depuis X jours, et que pour beaucoup d'entre nous, cela signifie passer (beaucoup) plus de temps face à un écran, j'ai trouvé le moment idéal pour vous parler des méconnus défis environnementaux qui accompagnent le numérique. Que cela soit chez vous ou au travail (surtout télétravail en ce moment donc encore plus d'actualité !), il est devenu essentiel de réduire l'empreinte écologique de nos outils et usages technologiques, et s'interroger sur la face cachée de l'immatérialité. Bref, devenir "digital responsable". Oui, rien que ça.

Avez vous déjà entendu parler de pollution numérique ?

Il s'agit de la pollution générée par la fabrication de nos appareils connectés / informatiques, mais aussi, par leur fonctionnement, que ce soit sur internet (serveur), les données (envoi et stockage) ou leur alimentation (électricité).

Cette pollution représente 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre et a doublé entre 2014 et 2019. Si les choses continuent sur la même lancée, en 2025 (demain), le numérique polluera autant que le trafic automobile mondial. C'est peut être le moment de s'y intéresser un peu ? :)


Bloqués à domicile, le confinement est la période idéale pour questionner nos habitudes. Cela peut être de se lancer dans la fabrication de produits ménagers ou cosmétiques, ou pourquoi pas, réduire l’impact environnemental de nos usages numériques.

Comment ? En nettoyant sa boîte mail, supprimant ses vieilles photos et fichiers du cloud, limitant les contenus videos, privilégiant le Wifi... et pleins d'autres actions / usages à mettre en place dès maintenant (à lire en fin d'article). Vous avez déjà participé à une marche de ramassage des déchets et autres dépôts sauvages ? Il existe la même chose en numérique. Ce n'est pas parce qu'on ne le voit pas que l'impact environnemental n'existe pas. Et cette période de confinement ne doit pas être une excuse pour ne plus agir pour l'environnement, bien au contraire !



Le sac à dos écologique


C'est l'expression utilisée pour désigner ce que représente en ressources dépensées la fabrication d'un appareil électronique. Dans la mode par exemple, industrie que l'on sait très polluante, il est courant de dire qu'il faut 2700L d'eau pour fabriquer un t-shirt ou

11 000L pour fabriquer un jean. Le bagage écologique des appareils connecté représente une pollution équivalente à 16x leur poids en moyenne. D'après Greenpeace, un téléviseur exige d'extraire 2,5 tonnes de matières premières et génère 350 kg de CO₂. Donc, avant même d’être utilisé, il émet autant de CO₂qu’un aller-retour Paris-Nice en avion.

Sans parler de tous les métaux nécessaires à la fabrication de ces objets, qui viennent du monde entier, et parfois dans des pays qui ne respectent pas la condition humaine.

Dans l’ère numérique, paradoxalement, plus on « dématérialise », plus on utilise de matière.

Et plus on miniaturise, plus on alourdit leur impact sur l’environnement : il faut 80 fois plus d’énergie pour produire un gramme de smartphone qu’un gramme de voiture.



Le poids environnemental d'internet


Si internet était un pays, il sera le 3ème plus consommateur d'électricité au monde (après la Chine et les USA). La moitié de la pollution numérique est due au fonctionnement d'internet, qui n'est pas si "immatériel" que ça : une multitude de serveurs collectent / traitent / stockent / envoient / des données vers nos appareils personnels. Ceux ci sont regroupés au sein de ce qu'on appelle des data centers (il y en a 4000 dans le monde). Toutes ces technologiques "physiques", que ce soit les infrastructures réseaux ou les data centers, doivent être alimentées, entrainant forcément un coût énergétique.

Par exemple : lorsque vous faites une recherche sur internet, cela sollicite le réseau et les data centers, d'où la pollution engendrée (le moteur de recherche Google enregistre 80 000 requêtes par SECONDE dans le monde). Si vous allez directement sur le site via son url, sans passer par un moteur de recherche, vous divisez par 4 la pollution générée par la requête.


De même, concernant les e-mails, dont la pollution est due au stockage des messages, qui sont archivés par milliards et donc sollicitent les serveurs en permanence. Quand je me suis intéressée à la question et me suis lancée dans un "tri numérique", j'ai ouvert une de mes boites mail et j'ai découvert : 19 860 mails dans la catégorie "corbeille", qui attendaient là depuis 2013, sans que je ne le sache ni que ce ne soit utile. Sachant que 30 mails archivés consomment autant qu'une ampoule de 9W allumée pendant 24h, je vous laisse imaginer à l'échelle du monde. Une vraie pollution dormante.

Les exemples peuvent continuer avec d'autres usages que l'on fait d'internet au quotidien, et dont on n'a pas du tout conscience qu'ils ont un impact, comme le streaming, video ou audio. Un film proposé sur Netflix en haute résolution pèse environ 200 000 fois plus qu'un email. Cette pratique a explosé ces 10 dernières années et c'est la grande responsable de la sur-sollicitation des réseaux et data centers, donc de la pollution numérique.




Qu'est ce qu'on peut faire ?


  • Bien utiliser, entretenir et optimiser nos appareils pour qu'ils durent le plus longtemps possible et ne pas avoir à les changer trop régulièrement.

  • Réparer notre appareil quand cela est possible, plutôt que le racheter immédiatement.

  • S’équiper avec le nécessaire pour soi et son foyer, en évitant la multiplication des écrans quand on peut mutualiser les fonctions et les usages. Ou s'en passer.

  • Quand vous achetez, achetez un appareil d'occasion ou reconditionné. Et si il remplit les fonctions souhaitées, choisir le moins énergivore possible.

  • Revendre (ou donner à des ressourceriez) les appareils dont on ne se sert plus pour leur donner une 2ème (ou 3ème) vie, plutôt que croupir dans un tiroir.

  • Amener ses déchets électroniques (appareil cassé, câble, batterie...), appelés "DEE", chez un revendeur spécialisé ou jeter dans un bac adapté en déchèterie.

  • Utilisez le stockage et la mémoire de votre ordinateur / smartphone (ou bien un disque dur externe) plutôt qu'en ligne ou sur le cloud.

  • Vous pouvez utiliser un moteur de recherche éthique (Qwant) ou responsable (Ecosia)

  • Supprimer ses comptes en ligne inutiles (sites, app, logiciels...) : combien de sites dont on ne se sert jamais stockent nos données ?

  • Pour éviter de taper tous les jours les mêmes sites sur votre barre de recherche, faites vous une liste de favoris avec les urls de tous les sites que vous consultez souvent.

  • Videz régulièrement le « cache » de votre navigateur et votre historique pour éviter de stocker des données inutilement.

  • Limitez le nombre de programmes ou d’onglets ouverts inutilisés sur Internet.

  • Evitez les pièces jointes trop lourdes et/ou les nombreux destinataires dans vos mails.

  • Supprimez vos mails dès qu'ils sont lus / traités et supprimez régulièrement les dossiers "corbeilles", "messages envoyés" ou "indésirables" de votre boite mail.

  • Dès que vous recevez une newsletter / une pub à partir de maintenant, cliquez sur "se désabonner" tout en bas de l'email. Au fur et à mesure, vous n'en recevrez plus. Sinon, faites appel à l'outil CleanFox !

  • Si vous écoutez de la musique en ligne, mieux vaut écouter la radio via son site ou une plateforme de streaming audio (type Deezer) plutôt que les clips videos.

  • Préférez le téléchargement (légal of course) au streaming.

  • Éteindre ses appareils lorsqu’on ne s’en sert pas (brancher ses appareils sur une multiprise à interrupteur pour se faciliter la tâche et tout éteindre d'un coup).

  • Soyez autant que possible en Wi-Fi. La 4G consomme 23 fois plus d'énergie. Activer le mode avion lorsque le smartphone ne sert pas mais reste allumé.

  • Bloquez la lecture automatique des videos sur les réseaux sociaux. Elles se lancent sans votre consentement (et consomment), vous pouvez en désactiver la lecture.

  • Vous partez en WE / vacances ? Eteignez votre box internet ! Elle consomme beaucoup d’électricité (entre 150 et 300kWh annuel, soit autant qu'un grand frigo !), même lorsque vous n’êtes pas en train d’utiliser internet.