Nomadisme numérique, l'impossible déconnexion

Vous avez dû en lire des articles sur ces trentenaires qui plaquent tout pour partir voyager et travailler sur la route. Comme on aime bien toujours tout catégoriser et mettre des mots sur chaque mouvement, ces jeunes gens sont (ou se sont) qualifiés de "digital nomad". En terme de titre bien accrocheur, ça pourrait donner : "Je vis ma meilleure vie sur une plage de Bali tout en travaillant en tant que freelance."


Pourtant, on peut très bien se considérer comme nomade digitale sans aller à l'autre bout du monde, travailler les pieds dans le sable et un cocktail à la main. Car ce n'est pas spécialement vous ou moi, les nomades, mais le travail en lui même et notre capacité ou volonté de gérer notre vie professionnelle en dehors d'un bureau et d'un cadre imposé.

Si je pousse l'explication, je me reconnais dans une partie de la définition de "digital nomad", alors que je ne suis pas spécialement nomade au quotidien. C'est ma façon de travailler, mes usages, qui le sont.


Nomadisme numérique, l'impossible déconnexion

La spécificité de ce mode de vie (si on peut appeler ça comme ça...), c'est l'ultra connexion, en permanence, sans horaires spécifiques et sans séparation entre la vie professionnelle et la vie personnelle. Le nomadisme digital est un choix délibéré de quitter une forme de travail cadré (le salariat par exemple) pour une activité complètement dématérialisée, gérée à distance, et dont on est le seul maitre à bord. Votre activité devient nomade, vous pouvez gagner votre vie de votre canapé ou depuis le désert (à condition d'avoir du réseau).


En 2017, j'ai créé mon entreprise, et ce fut une immense joie pour moi. J'ai travaillé pendant plusieurs mois à la création de mon activité, pour aboutir sur le e-commerce. Travailler à mon compte, en tant que mon propre patron, était une évidence. Cela a un prix : ne pas compter ses heures, travailler à domicile, être connectée H24... car contrairement à un magasin physique, internet ne ferme jamais. Mais ça n'a absolument pas été un problème pour moi, hyperactive, hyperconnectée, limite atteinte de FoMO (fear of missing out). Ce fut un peu plus difficile à comprendre pour Monsieur H. par exemple...


Par exemple, je ne pars jamais en vacances/voyage sans mon ordinateur. Un bug technique sur le site, un soucis de logistique ou d'un colis perdu en livraison, un problème de réassort en produits... (bref, le quotidien quand on gère une boutique de 250 références) et je ne peux pas me permettre de ne pas être réactive. Même si je suis en randonnée en montagne, même si je suis en road trip, même si je suis sur une île isolée... J'ai envoyé des mails à des clients ou fait des publications sur les réseaux sociaux depuis des endroits tout à fait improbables. C'est là tout l'avantage d'une activité indépendante complètement digitalisée : personne ne sait où vous êtes au moment où vous travaillez, et tant mieux.


Pour autant, je reste une nomade relativement fixe. Comme je l'ai dit, c'est mon travail qui est nomade, et c'est moi qui fait le choix par exemple de travailler à domicile alors que je pourrai le faire de n'importe où. J'ai beaucoup hésité à m'installer dans un espace de coworking, ou bien à me "forcer" à sortir pour me poser avec mon ordi dans des cafés où se retrouvent d'autres indépendants. Mais ça ne me correspond pas vraiment... La non séparation entre la vie pro et la vie perso induite par le travail à domicile ne me pose pas de problème. Le fait que j'ai plusieurs activités pro et perso (cf "à propos") fait aussi que j'ai l'habitude de passer d'une casquette à l'autre, du matin au soir, tous les jours de la semaine.


À l'image de nombreux nomades, mon parcours est assez atypique et j'ai des envies ou des idées de "métiers" différents chaque jour. C'est aussi une forme de liberté. Cette aventure entrepreneuriale ne nécessite pas forcément de tout plaquer pour aller au bout du monde mais tout de même d'en avoir l'état d'esprit. À l'heure où j'écris ces lignes, en plein confinement, j'ai vendu mes boutiques et l'heure n'est pas à ré investir dans le e-commerce. Je suis partie me confiner ailleurs que chez moi, et je mets à profit ce temps pour réfléchir à une nouvelle activité. Le confinement ressemble étrangement à mon rythme habituel. Hyper connecté. Sans distinction d'horaires, ni de jours.


Ce qui caractérise le "digital nomad", c'est cette liberté d'organiser notre travail comme on le souhaite. Je suis une couche tard - lève tard, donc la possibilité pour moi d'effectuer mes tâches quotidiennes la nuit, parce que je suis plus productive, ou le dimanche, est un grand luxe. Et notre impossible déconnexion fait que même lorsque l'on subit une baisse d'activité (ou voir un arrêt, comme c'est mon cas en ce mois de mars 2020), on est loin d'être en vacances pour autant. Eteindre le téléphone ou l'ordinateur, ce n'est pas vraiment mon truc. Ce sont mes seuls outils de travail, le nomadisme requiert une forme de minimalisme :)