Le Cap Vert : récit de voyage

Jamais je n'avais entendu parler du "petit pays" de Césaria Evora avant que Monsieur H., qui est portugais, me dise son souhait d'y aller. Alors le Cap Vert, de quoi on parle ? Et bien d'un archipel africain de 10 îles volcaniques, situé en face du Sénégal. Ce sont les portugais qui découvrent le "Cabo Verde" et s'y installent, jusqu'à son indépendance en 1975. C'est un des rares pays au monde où la diaspora (cap-verdiens qui ont émigré) est plus importante en nombre que la population résidente du pays. On y parle le portugais (et créole cap-verdien) et la monnaie est l'escudo cap verdien.

Bien que le tourisme soit une activité qui prend de l'ampleur (mais très ciblée vers 2 îles), le Cap Vert est une destination assez peu connue des voyageurs. D'ailleurs, pour préparer notre itinéraire, on a un peu galéré étant donné le peu d'informations disponibles.

Pourtant c'est un pays qui mérite que l'on s'y attarde, et pas uniquement les coins d'îles réservés au tourisme de masse. C'est une destination en dehors des sentiers battus, authentique, brute. Les gens y sont d'une incroyable gentillesse, et ça déjà, ça change tout.


Quelques images, avant les mots, de notre voyage résumé en video... 15 jours, 5 îles, des vols, du bateau, de la plage (un peu), de la marche (beaucoup), un volcan, des paysages lunaires, verts ou déserts...



Sao Vicente

L'arrivée au Cap Vert s'est faite sur une piste près de la plage et d'un village de pêcheurs, entourée de montagnes noires. On sort de l'avion comme on sortirait d'un bus de campagne : on marche sur la piste pour rejoindre l'unique batiment qui sert d'aéroport, et autour, rien. Ce qui marque dès la descente de l'avion, c'est le vent. Tout l'archipel est comme ça, en plein vent, tout le temps. Il n'y fait jamais trop chaud, simplement sec, avec un ciel gris et venteux. Et ça ne change pas beaucoup, quelque soit le mois de l'année.

L'île est une entrée en matière rude du Cap Vert : pas de vert, un paysage sec, volcanique, sans végétation, sans eau. La ville, Mindelo, concentre les activités, et le reste, ce sont des baraques disséminées dans quelques villages. On découvre la pauvreté du pays en pleine face. Nous n'avons croisé aucun autre touriste en 3 jours sur l'île. Nous étions seuls dans les "Hiaces" (mode de déplacement), seuls à marcher dans des villages, sur une montagne volcanique ou au Monte Verde, seuls dans les boui boui pour manger...





Santo Antao

Un changement radical avec Sao Vicente, que nous avons quitté en ferry (attention, à cause du vent, ça tangue !) pour rejoindre sa voisine d'en face. Cette île est le poumon vert du pays, et un paradis pour les randonneurs. L'agriculture est partout, jusque sur les falaises : bananiers, canne à sucre, papaye.. sont cultivés en terrasses. Le climat, parfois humide dans les vallées, donne une ambiance très "tropicale" à l'île.

Ici, ni plage ni baignade, on se tourne plutôt vers la terre que vers la mer. Au hasard d'une randonnée, nous avons pu jeter un coup d'oeil dans une distillerie pour voir comment l'alcool national, le grogue, est fabriqué à partir de la canne à sucre. Le cocktail phare du Cap Vert, c'est la caipirinha, et son secret qui en fait une version unique, c'est le grogue (contrairement à la version brésilienne, qui est basé sur la cachaça).

Sur Santo Antao, les randonnées font passer par des paysages très différents, tout comme la météo qui est très changeante. Tout se fait en montant ou en descendant, on est jamais au niveau de la mer. Après 3 jours de marche, ça commençait à tirer pour nous. Je n'ose imaginer ce que c'est pour les locaux, qui empruntent ces sentiers escarpés chaque jour, provisions sur le dos ou sur la tête...





Sal

C'est la plus connue et la plus touristique des îles du Cap Vert. Sal n'a rien à voir avec le reste du pays. Ici sont regroupés les hôtels "all inclusive", les résidences neuves, les quartiers qui sortent de terre réservés au tourisme. Le tout, séparé du reste de la population, hors sol, et sur fond d'excursions organisées. Sur Sal, le touriste est tenu par la main et tout est fait pour qu'il évite de sortir du parcours. C'était effectivement compliqué de faire le tour de l'île en autonomie, mais entre le mini bus, le stop et le partage d'un taxi, on s'est débrouillés. Sal n'offre pas grand chose à voir et à faire, les guides en rajoutent pour faire venir les vacanciers sur des lieux qui ont assez peu d'intérêt. L'île est ultra plate, et à perte de vue de l'unique route goudronnée, il n'y a rien.

Toute l'activité est concentrée au sud, à Santa Maria, avec sa plage de carte postale et son eau turquoise (mais froide en ce mois d'avril), ses magasins de souvenirs, sa vie nocturne... Les locaux vivent à Espargo, une petite ville dans le nord. Maisons blanches et contours colorés, jeunes joueurs de foot dans la rue, une place avec un bouiboui pour boire un soda au soleil... C'est le Cap Vert que les excursions sur Sal ne montrent pas.

Ce qui nous a amené à Sal, c'est aussi l'école bilingue franco-capverdienne située près de la localité de Murdeira. L'école, située dans une ancienne clinique, avait lancé sur un forum de voyage un appel aux dons pour des livres. Avec Monsieur H., nous en avions embarqué une trentaine, en français, dans notre sac taille cabine, et 3 vols plus tard nous leur avons déposé pour garnir leur bibliothèque ! Pensez y si vous vous rendez aussi sur Sal :)




Fogo

L'île du volcan, j'avais vraiment hâte d'y arriver. Pour l'atteindre, il nous a fallu 2 vols internes, de 25min puis de 15min, dans un coucou à hélices, pour "sauter" d'île en île. Celui entre Praia (la capitale du Cap Vert) et Fogo est le plus court de notre vie, et "l'aéroport" le plus petit où j'ai pu aller (il n'y a qu'une seule pièce !). Puis 2h de route en 4X4 (dont 1h de piste qui secoue !) pour se rendre au village situé directement dans la caldeira du volcan. Actif (la dernière éruption date de 2014), le Pico de Fogo culmine à 2800m et est entouré de coulées de lave séchées. C'est sur cette terre aride et lunaire qu'habitent quelques irréductibles, qui reconstruisent sans cesse leurs habitations, dessous ou dessus la lave sèche. Notre guest house est l'une d'elle. Le propriétaire l'a reconstruit déjà 3 fois. Rien que l'expérience de dormir dans "grotte" de pierre volcanique vaut déjà tout le chemin pour arriver là. Ici, pas d'internet, pas d'eau ou d'électricité publique. C'est la débrouille, entre panneaux solaires, batteries, générateur au diesel. Un conteneur à marchandises (comment est il arrivé là ?) sert d'épicerie, un autre de troquet avec ses chaises en plastique plantées dans le sable noir.

La nuit, c'est lampe frontale et bougie. Le jour, on brûle.

L'ascension du Pico de Fogo, c'est 1000m de dénivelé, une pente à 40%, attaquée à 6h du matin avec un guide qui monte (et descend) le volcan à longueur d'année. Une montée progressive en zig zag, puis la marche devient escalade, et c'est avec les mains et le vide derrière qu'il faut s'agripper pour continuer de monter. En haut, de la crête du volcan, on profite de la vue sur la caldeira. Puis la descente est presque un jeu : courir et courir dans le sable en faisant des pas de géant avec la pente. C'est vraiment lunaire.





Santiago

C'est la principale île du Cap Vert, avec sa capitale, Praia. Santiago est assez montagneuse, sèche et aride, comme le reste du pays. On trouve un peu plus de "vert" avec le parc national Serra Malagueta, où il est possible de faire de belles randonnées. Nous n'y avons croisé personne en plusieurs heures de marche !

Praia n'est clairement pas une belle ville (comme la majorité des villes du Cap Vert) mais vivante, colorée, animée et pleine de contraste. Pas loin, en bus, Cidade Velha est un village chargé d'histoire, qui a vu débarquer les 1ers portugais de l'archipel. Au nord, Tarrafal n'a aucun charme particulier mais on y trouve une vraie plage (ce qui est assez rare pour être souligné), avec des bars animés avec caïpirinhas les pieds dans le sable, musique et danse. Le tout avec un beau coucher de soleil...