Faire le tour de l'Europe : bilan, chiffres et conseils

[Edit : cet article date de 2013. Lors de mon tour de l'Europe, je publiais un article pour chaque capitale visitée. J'ai depuis supprimé ces articles, trouvant le contenu peu adapté. J'ai regroupé mon ressenti sur ces villes dans un article plus global : ces 40 pays d'Europe où je suis allée ]

Tour de l'Europe
Belgrade (2013)

Après plus de deux mois et demi sur les routes, le retour en France n'a pas été de tout repos. Le temps de réaliser que je ne me réveille pas dans un nouveau pays, dans une auberge, ou dans un train de nuit. Je suis de nouveau "chez moi" et pourtant pendant plusieurs jours je me surprenais à penser quand j'entendais parler français "tient des français !", avant de me dire "ah mais oui c'est normal"... Difficile gymnastique de l'esprit que de se dire que l'on est rentré, et qu'il faut maintenant reprendre une vie normale. Tellement d'images et de souvenirs dans la tête. Difficile également d'essayer de faire comprendre ce que l'on a vécu aux autres, car ce voyage en solitaire fait que je suis la seule à savoir ce que j'ai vu, ressenti, appris...


Ce voyage a changé ma vie et il est difficile de mettre des mots dessus.


Certains d'entre vous ont pu suivre mon aventure presque au jour le jour, sur ma page Facebook ou mon compte Instagram (MERCI !), permettant de connaitre quelques détails de mon voyage, la face cachée de ce beau parcours. Avec parfois ses aléas, ses soucis logistiques, ses petites galères... Loin de moi l'idée de faire rêver ou d'envoyer une image idyllique de ce périple, j'ai essayé de transmettre ce que j'ai vécu, sans fioritures, sans filtres. Avec le bon, et le moins bon. Et c'est l'équilibre de tout ça qui forme les souvenirs, qui forge le caractère et donne l'expérience de la voyageuse que je suis devenue au fur et à mesure des kms parcourus.


Je pense par exemple à ce voyage entre Berlin et Copenhague. Arrivée 2h à l'avance à la Gare ferroviaire, j'attends mon bus pour un trajet de nuit. Après une longue attente, un car sans indication de destination s'arrête devant moi, des gens montent et s'installent. Je ne bouge pas, je suppose que ce n'est pas le mien. Puis l'heure c'est l'heure et je ne vois pas mon car. Celui arrêté et plein a craquer va pour partir. Dans un moment de lucidité extreme, je me lève et me dirige vers le chauffeur pour lui dire : "Je suppose que vous n'êtes pas le car pour Copenhague ?" Réponse : "Si si, et on part là" PANIQUE dans ma tête, j'attends depuis 2h et le car a failli me filer sous le nez. Je dépose mon sac en soute, vais pour monter dans le car : complet. Panique bis. Le chauffeur n°2 me cède son strapontin, ce fauteuil bancale situé près de la porte... Ravie. Environ 8h de route. Arrivée à Copenhague à l'aube, je vais dormir au fond du Mc Do de la gare pour patienter avant de pouvoir aller à l'auberge.

Plusieurs fois, mes arrivées ont eu lieu très tôt le matin (6h généralement), après un voyage de nuit sans dormir. J'allais donc m'échouer où je pouvais, en attendant une heure décente pour faire mon check in.


Parlons un peu chiffres et budget de voyage. J'ai parcouru plus de 12 500km avec tous les transports possibles, et j'ai visité finalement 23 capitales du continent européen. Voici mes dépenses :

Total transports : 1443€

Total hébergement : 786€ (soit une moyenne de 9,8€ / nuit)

Total alimentation : 380€ (soit une moyenne de 4,75€ / jour)

Total tourisme : 130€

BUDGET GLOBAL : 2739€


Partie avec 3000€ en poche, je suis assez fière d'avoir réussi à ne pas les dépasser d'une part, mais surtout à dépenser moins que prévu. Sachant en plus que j'ai réalisé, je me l'avoue avec le recul, plusieurs erreurs de parcours qui m'ont couté cher dans tous les sens du terme, et que je saurai pour la prochaine (ou pour vous conseiller !).


Pour voyager, il faut être patient. Très patient. Des voyages interminables en transports plus ou moins douteux, à l'attente de son bus. Mon plus long trajet direct a été le Stockholm - Riga, en bateau : 18heures. Et le trajet le plus long indirectement était mon dernier, où j'ai fait Budapest-Prague-Paris-Nantes, en mettant (bus + voiture) en tout ... 34heures.


Attente toujours, j'ai eu le plaisir de découvrir que l'aéroport d'Oslo dans lequel je suis arrivée était à 150km de la ville, me valant l'attente en pleine campagne (le néant j'vous dit) d'un train pendant près de 2h pour rejoindre la ville.

Mais le "meilleur" reste cette journée entière de perdue, pour avoir confondu AM et PM. Arrivée à 7h du matin à l'aéroport d'Oslo pensant prendre mon avion pour Stockholm à 8h20, qui se révélait être à... 20h20... 12h d'attente, d'errance entre les toilettes pour recharger iphone et le parking où je captais du free wifi par intermittence de 20min (selon les bus avec le wifi à bord). J'ai appris la patience, à me poser, à ne rien faire, et surtout, à ne plus m'en faire.


Lorsque l'on voyage seul(e), toutes vos actions dépendent uniquement de votre ressort, ainsi impossible de rejeter la faute sur quelqu'un d'autre. Lorsque je vais à la gare de Vienne pour prendre mon train vers Bratislava, et que le contrôleur m'indique le plus naturellement du monde quand je lui tends mon billet que je me suis trompée de gare, vous apprenez à ne plus vous en faire. Quand vous arrivez à Odessa de nuit, que avez griffoné une adresse d'auberge sans avoir pris soin de noter un numero de téléphone, que cette auberge se révèle "inconnue à cette adresse", et que vous devez dormir dans la gare dans une salle dédiée aux personnes qui sont à la rue, sous surveillance de la police qui vous dégage de là vers 6h avant les premiers trains, vous apprenez sur le tas. En attachant vos sacs à vos chevilles, et en priant pour que personne ne vienne vous parler.


Des anecdotes, j'en ai un paquet. Des rencontres, j'en ai fait des dizaines. Toutes uniques, que ce soit 5 min dans un quai de gare, ou toute une nuit dans un train, ou plusieurs jours à l'auberge. J'ai rencontré une générosité touchante en Moldavie que je n'oublierai jamais. J'ai rencontré une indifférence, voir une méchanceté, en Ukraine, que je n'oublierai jamais non plus. La surprise, la découverte, l'apprentissage, c'était mon quotidien pendant exactement 10 semaines de voyage.

Je pourrais écrire et écrire encore sur mon voyage tellement j'ai à dire. C'était une expérience incroyable, c'était mon "pékin express" à moi, je l'ai entièrement dessiné et fait comme je l'ai voulu (enfin sans compter quelques aléas de terrain), avec le rythme soutenu qui me convient (désolée pour les adeptes du "low travel", ce n'est pas mon truc) pour être en permanence en ébullition et en alerte. Je ne me suis jamais arrêtée, jamais reposée. Mon cerveau a engrangé des centaines d'informations en peu de temps et j'aime ça.


Lorsque je suis rentrée, j'étais vidée, au bout du rouleau. J'avais perdu 5kg et j'ai beaucoup dormi. Là alors, je me suis dit que j'avais réussi mon pari.


Depuis, j'ai coutume de dire qu'après un voyage, j'ai besoin de vacances.